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Allocution du Chancelier de la République à la 71e Session ordinaire de l’ONU

pierrot

 

En amont de l’assemblée générale, soit le lundi 19 septembre, un sommet organisé autour de la question des  réfugiés et des migrants, a réuni 193 pays membres qui se sont engagés à répondre plus efficacement à la grave crise migratoire et ont adopté, unanimement,  une déclaration commune  en vue de   « protéger les droits fondamentaux de tous les migrants, accroître le soutien aux pays d’accueil débordés et promouvoir l’éducation des enfants réfugiés ».

Le Chancelier  Pierrot Delienne  a participé audit  sommet et a prononcé, pour l’occasion,  le discours que voici :

 

Monsieur le Président de l’Assemblée générale,

Mesdames, Messieurs les  Ministres des Affaires Etrangères,

Mesdames Messieurs les Chefs de Délégations, 

Mesdames, Messieurs les Délégués, 

Mesdames Messieurs,

                         Je suis vraiment heureux de pouvoir intervenir aujourd’hui devant cette auguste assemblée, à l’occasion de la tenue de la Réunion de Haut Niveau sur la migration et les réfugiés.

   Permettez-moi tout d’abord, Monsieur le Président, de vous exprimer mes plus vives félicitations  pour votre élection à la présidence de la soixante-onzième session de l’Assemblée générale de notre organisation. Il ne fait aucun doute que, sous votre leadership éclairé, les travaux de cette session seront conduits de manière satisfaisante et produiront  des résultats positifs pour notre organisation et pour le monde.

Monsieur le Président,

   Depuis les temps les plus reculés, les hommes ont toujours fait face à des situations difficiles les obligeant à quitter leur terre, leur pays pour chercher refuge sous des cieux plus cléments. Tout au long des siècles les

conditions climatiques extrêmes, les catastrophes naturelles, les jactances, les révolutions, les guerres de conquête ou de religion, les épidémies, la famine, la misère, les dictatures et les répressions politiques ont poussé des millions d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards sur des routes dangereuses et très risquées pour échapper à l’horreur et conserver ce qu’ils ont de plus précieux : leur vie.

 Qu’on se rappelle que la première guerre mondiale avait fait près de 10 millions de déplacés, de réfugiés et de migrants, rien qu’en France, alors que la Deuxième Guerre mondiale en avait fait  40 millions sur toute l’Europe. En ces moments-là, le monde n’avait pas eu le même regard sur ces événements comme c’est le cas aujourd’hui. 

Aujourd’hui, nous sommes bouleversés par les images tournées en boucle par des chaînes d’information continue. Nous avons beaucoup de peine à voir les assauts répétés des migrants africains contre les grillages de protection de Ceuta et Molilla, enclaves espagnoles au Maroc. Nous sommes terrifiés par la vue de centaines de millions de syriens, d’Afghans fuyant la guerre dans leurs pays et essayant par tous les moyens de rejoindre l’Europe. Nous pensons avec amertume aux  milliers de personnes qui sont mortes noyées dans cette aventure où la vie et la mort se croisent dans une indifférence totale. Nous sommes sidérés de voir le visage désespéré d’un père tenant dans ses bras le corps sans vie de son enfant.

Quand ces réfugiés arrivent enfin à trouver une terre d’accueil, ils font face à de nouveaux drames : le racisme, la xénophobie, l’exclusion, créant ainsi des tensions entre eux et les populations des pays d’accueil, sans compter l’impossibilité de laisser les camps de fortune, de trouver du travail, bref de recommencer à espérer un lendemain meilleur. A tout cela, il faut ajouter le drame psychologique de la séparation avec les siens, les décès survenus au cours de la traversée ou tout simplement la nostalgie du pays natal.

L’augmentation exponentielle des flux migratoires et du nombre des réfugiés de ces dernières années est due à la guerre et aux conditions économiques difficiles auxquelles font face certains pays du Sud. L’arrogance et le règne sans partage des uns, l’appât du gain et l’indifférence des autres ont rendu presqu’impossible la vie dans certains pays, poussant ainsi des centaines de milliers d’individus à chercher refuge et emploi ailleurs.

La communauté internationale ne doit plus continuer à  accepter cet état de fait ; qu’un pays soit vidé de la moitié de sa population à cause de l’insouciance, de l’inhumanité de l’appétit du pouvoir d’un homme. La communauté internationale ne doit plus tolérer que des Chefs d’Etat puissent confisquer le pouvoir pendant trente à quarante ans par la magie des élections frauduleuses et le transmettre au soir de leur vie à leur fils créant ainsi un nouveau régime politique : la République héréditaire.

La communauté internationale doit permettre aux peuples de choisir librement ceux qui doivent les diriger dans un cadre démocratique clair, net et au-dessus de tout soupçon de manière à favoriser le progrès social et instaurer les meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande, comme indiqué dans le préambule de la Charte de notre organisation.

 Quand des hommes politiques confisquent le pouvoir, la population a le droit de se rebeller. Quand elle se rebelle, l’on dit que le pays n’offre pas de garanties nécessaires pour attirer les investissements directs étrangers, alors que sans ces investissements il n’y aura pas de création d’emplois pour satisfaire une demande de plus en plus importante.

 Nous sommes convaincus que la lutte pour la paix passe par la démocratie, non celle qui est imposée mais celle qui est voulue par les peuples et par l’expansion de l’investissement et du commerce libre dans les pays d’où viennent les réfugiés et les migrants.

Monsieur le Président,

   Permettez-moi de présenter brièvement la situation singulière de mon pays eu égard au phénomène migratoire.

                             Au début du vingtième siècle un grand nombre de paysans haïtiens ont été chassés de leur terre. Curieusement, au même moment, des investissements massifs ont été effectués dans des pays voisins d’Haïti. Une nouvelle division internationale du travail a donc été créée dans la région, selon laquelle certains pays devaient recevoir des investissements et d’autres comme Haïti devaient fournir la main d’œuvre. Depuis, le sort des haïtiens était scellé. 

 Ces premiers flux migratoires qui conduisaient les paysans haïtiens vers Cuba et la République dominicaine, furent suivis par  d’autres courants impliquant des citoyens appartenant à d’autres couches sociales qui fuyaient la dictature, les répressions politiques et l’absence  de perspective de changement dans le sens de l’amélioration de leurs conditions d’existence.

Au cours des dernières années, la stratégie adoptée par certains Etats qui, sous le couvert du regroupement familial, ont mis en œuvre une politique « d’immigration choisie » privant ainsi le pays de la contribution de ses maigres ressources humaines capables de planifier et d’accélérer le processus de développement national, a nettement aggravé la situation

Aujourd’hui, la fragilité de notre économie, le manque d’emplois rémunérateurs et productifs ainsi que la frilosité de la solidarité de la communauté internationale ont poussé les haïtiens vers les pays de l’Amérique latine à la recherche d’un mieux-être. Nous sommes persuadés que s’ils pouvaient trouver du travail chez eux ils n’iraient nulle part, sauf pour satisfaire leurs curiosités intellectuelles.

Monsieur le Président, 

Le problème migratoire et l’explosion des flux des refugiés ne trouveront pas de solution adéquate si l’on ne cherche pas à les résoudre à leur source et dans la durée. Le drame des migrants et des réfugiés est d’abord un drame humain. Il faut le traiter humainement. Si les peuples ne peuvent pas vivre en paix chez eux, s’ils ne sont pas dirigés par des leaders qu’ils ont eux-mêmes librement choisis, s’ils ne peuvent pas trouver du travail dans leur propre pays et exporter leurs biens ils n’auront d’autres choix  que de s’exporter eux-mêmes.

Toute solution durable à la problématique de la migration internationale passe nécessairement par la réduction des criantes inégalités entre les pays et les régions du monde,  combinée à une solidarité plus agissante et plus ouverte entre les nantis et les démunis.

Pour y parvenir, des efforts particuliers et des ressources innovantes doivent être consacrés à l’élimination de la pauvreté et de la faim dans le monde, d’une part, et à la matérialisation des objectifs de développement durable partout et pour tous.

La mobilisation et l’orientation des ressources pour le financement du développement doivent se faire avec une emphase particulière sur les pays et les régions d’origine des flux de migrants, car la création de richesse, d’emplois massifs ont pour principale finalité de maintenir les populations et les ressources humaines sur leur territoire. 

En cela, la République d’Haïti, par mon organe, en appelle aux institutions financières internationales à  revoir leurs stratégies et leurs politiques vis-à-vis de ces pays, en particulier des pays considérés comme bénéficiaire des nombreuses initiatives d’allègement ou de rééchelonnement de la dette, notamment l’initiative en faveur des petits pays pauvre très endettés (initiative PPTE).Concrètement, il faut  trouver une parade ou des mécanismes permettant à ces pays en situation particulière de revenir sur le marché financier international pour pouvoir disposer des ressources nécessaires à leur décollage ou à leur développement. C’est par ce biais seulement que nous parviendrons, sinon à résorber les problèmes migratoires, du moins à en mitiger les conséquences

Monsieur le Président,

Cette réunion de Haut niveau sur la migration et les réfugiés ne doit pas être une de plus. Nous souhaitons vivement qu’elle traduise la ferme volonté de la communauté internationale de se pencher de manière adéquate sur la problématique des migrants et de réfugiés. Elle doit être la première d’une longue série de réflexions sur la situation de ces hommes et de ces femmes qui ont dû abandonner leur patrie pour fuir la guerre ou la misère. Ce que veulent les migrants et les réfugiés ce n’est pas la compassion de la communauté internationale mais sa solidarité. Ce ne sont pas des paroles mais des actes concrets. Ce n’est pas de l’hypocrisie mais la ferme volonté de trouver des solutions à leur drame, à leur misère et à leur désespoir.

                                                                          Je vous remercie

 

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